Des yeux de morphine veillent sur nous, électriques. Depuis
des rayons et des flux intenses, nombreux se sont endormis, nombreux se sont
éveillés. Le métabolisme de notre énergie est revenu affamé, quêtant les acides
aminés des étoiles. Puis l'anémie née et des oeufs de morphines veillent sur
nous.
L'eau traîne encore et s'évapore doucement de ta peau. Nous sommes revenus l'un
pour l'autre, n'étant l'autre que pour l'un. Subtile mécanique d'une douce
incidence ne nous soufflant que le plus grand mot : amour.
Tant de papiers envolés, de temps pour deviner l'âge des arbres. Devenir un peu
plus grand, jouer au cerf-volant au pied des marches. Puis grandir encore,
oublier là nos corps, dans l'arc en ciel.
Cet homme est perdu, et ses chaussettes sont tombées. Il avait levé les yeux
pourtant quelques jours auparavant, mais l'insoutenable décor s'effondra sur
son front. Depuis il s'agite, erre, connecte et se déconnecte. Ainsi il oublie
toutes les premières fleurs offertes, coupées, poussées, plantées puis
espérées.
Le matin s'étire à mesure que tes pupilles se rétractent et que tes paupières
dansent. Le bal des yeux se répand sur la plaine et dans les villes avec
une célérité lumineuse que seules l'obscurité et la nuit rattrapent. Des ondes
pour repas de leur négatif, issues d'une chasse sans fin ni début entre un
désert et une masse d'électrons.
Simple. Simplement quelques points. A deviner, médisant. Dit en passant les
chaussures oranges interpellées par quelques gouttes de pluie. Quel parapluie ?
L'ombrelle ? Un tout petit peu dessous cette pomme.
Les les les les les les les les les les les les.
Nos cheveux s'envolent et nul
ne sait où. Est-ce normal ?
Nos lèvres sourient et nul ne sait à qui. Est-ce étrange ?
Les points s'illuminent et nous effraient. Est-ce là peur ?
Nos pieds s'agitent et puis l'on danse. Est-ce mouvant ?
Chaque minute, dans cette rue disparue, les pas accourent. De lointains klaxons
de véhicules motorisés piétinent l'acoustique frelatée des villes. Il est bien
possible que nous divaguions, et que nos corps soient trop fragiles pour
s'exprimer.
Ici. Partout. Nulle part. S'étendre tout de même. Sembler faire semblant. Etre
attentif et sillonner. Quand arrivent tant de connections ? Quand arrivent tant
de connections.
Une nuit horrible vient de passer. Mes cauchemars en ont pris peur et se sont
enfuis. La lumière salvatrice n'a pu déposer une once de sa présence. Des cris
atroces courraient dans mes oreilles et d'insupportables lueurs se ruaient sur
mes yeux. Je luttais péniblement et désespérément pour chercher une issu à moi
même, me fuir, m'extraire de cette chair et pourquoi pas brûler cette
peau, dans un grincement ultime.
.
Et tu ries, et tu pleures.
Pourquoi trembles-tu?
Le jour va se lever.
.
Assis depuis des heures
Les yeux ouverts offerts au ciel
Au mouvements essoufflés.
.
De lourds rideaux absurdes
De fer brûlants s'effondrent
Rougi le jour se lève.
.
Comme don du monde au monde
Les armes hurlent et sourient
A genou lui pleure et crie.
.
Un quelconque poisson s'est évadé de nos tête, et sa souplesse danse, danse
dans les airs. La terre le fixe, jalouse de tant de légèreté et au fond de ses
poches ne trouve ainsi que le désir de mer; et s'évaporer.
Ca y est. Les pieds dans l'eau. Nous n'emmenons plus personne, plus de personne.